24 mars 2018

Bouddhisme et individualisme.

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On a parfois taxé le bouddhisme d’individualisme et d’indifférence à l’égard du monde et des autres. C’est un reproche pour le moins paradoxal à l’égard d’une démarche dont l’un des fondements est la déconstruction de l’ego et dont l’un des principaux buts est d’engendrer une compassion inconditionnelle à l’égard de tous les êtres.

De tels préjugés procèdent d’un examen superficiel des notions de "renoncement" et de "non-attachement". En effet, il ne s’agit nullement de renoncer à ce qui est véritablement bon dans l’existence — ce qui serait absurde —, mais de se défaire de l’addiction que nous entretenons à l’égard des causes de la souffrance, parmi lesquelles figurent la malveillance, l’arrogance, la convoitise, la jalousie et autres états mentaux qui nuisent à autrui et à soi-même.

Quant au non-attachement, il n’a rien à voir avec l’indifférence. Il vise à se libérer des pulsions, fondées sur le sentiment exacerbé de l’importance de soi, qui nous poussent à instrumentaliser le monde et les autres, au travers d’une dynamique d’attraction et de répulsion.

Si l’on songe que le vœu du bodhisattva est d’atteindre l’Éveil afin d’acquérir la capacité de libérer tous les êtres de la souffrance, et si l’on prend connaissance des textes qui présentent l’amour altruiste et la compassion comme les principales sources de progrès vers cet Éveil, on voit mal d’où viendrait l’idée d’un enfermement narcissique sur soi-même. "Dans la bulle de l’ego, ça sent le renfermé," aime à dire mon ami le philosophe Alexandre Jollien. L’égoïsme est une voie sans issue pour celui qui aspire à devenir un meilleur être humain. Un texte bouddhiste dit aussi : "Ce qui n’est pas entrepris pour le bien d’autrui, ne mérite pas d’être accompli."

Le Dalaï-lama, en particulier, ne cesse de mettre l’accent sur l’importance vitale de l’altruisme et de la compassion, pour notre vie personnelle comme pour le bien de la société. Il y a quelques années, alors que je lui demandais conseil à la veille d’une retraite contemplative, il me dit : "Au début médite sur la compassion, au milieu médite sur la compassion, à la fin médite sur la compassion."

Ce sont de tels enseignements et le fait d’avoir eu la précieuse opportunité de les mettre en pratique, selon mes très modestes capacités, qui m’ont inspiré à cofonder avec Rabjam Rinpotché, l’abbé du monastère de Shéchèn au Népal, l’organisation humanitaire Karuna-Shechen qui bénéficie aujourd’hui plus de 300 000 personnes chaque année dans les domaines de la santé, de l’éducation et des services sociaux en l’Inde, au Népal et au Tibet.

Bouddhisme et individualisme - Matthieu Ricard

On a parfois taxé le bouddhisme d'individualisme et d'indifférence à l'égard du monde et des autres. C'est un reproche pour le moins paradoxal à l'égard d'une démarche dont l'un des fondements est la déconstruction de l'ego et dont l'un des principaux buts est d'engendrer une compassion inconditionnelle à l'égard de tous les êtres.

http://www.matthieuricard.org

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Ce qu'est vraiment le bouddhisme

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Le bouddhisme est souvent servi à toutes les sauces — philosophie, religion, art de vivre, etc., d’une façon qui relève souvent de la caricature. On peut alors se demander quels sont les points essentiels qui définissent le bouddhisme selon le Bouddha lui-même et selon les maîtres qualifiés à qui l’on doit les commentaires qui font autorité sur le sens de ses enseignements.

1) Le bouddhisme a pour but principal de remédier à la souffrance sous toutes ses formes.


2) Pour cela, il est nécessaire d’identifier les causes de la souffrance à différents niveaux. Ces causes sont en premier lieu l’ignorance et les états mentaux afflictifs qui en découlent et conditionnent aussi bien les paroles que les actes.


3) On peut apaiser certains états mentaux afflictifs comme la haine, le désir, le manque de discernement, l’orgueil, la jalousie et bien d’autres encore en recourant à des antidotes : la bienveillance pour contrecarrer la haine, le non-attachement pour neutraliser le désir, la compréhension des lois de cause à effet pour remédier au manque de discernement, etc. Toutefois, ces antidotes sont impuissants à éradiquer la cause première de la souffrance : l’ignorance définie comme le fait de ne pas reconnaître la véritable nature ultime des phénomènes.


4) Le seul et unique remède à cette ignorance fondamentale est la compréhension de la « vérité absolue » ou « ultime » qui désigne le fait que les phénomènes apparaissent tout en étant vides d’existence propre. Ce faisant, le bouddhisme évite les deux extrêmes erronés du nihilisme et du matérialisme (ou réalisme naïf).


5) Tous les autres enseignements du Bouddha appartiennent à la vérité conventionnelle et visent à amener graduellement les êtres à l’expérience directe de la vérité ultime, laquelle dépasse les concepts et les mots, et constitue le seul et unique moyen à même d’éradiquer une fois pour toutes l’ignorance et la souffrance.


Ce dernier point a été explicité à l’occasion d’un cycle d’enseignements donnés en avril 2017 au Népal sur le Soutra du Cœur, ou L’Essence de la Connaissance transcendante par Dzongsar Khyentsé Rinpoché. Ce dernier rappela la distinction fondamentale entre les enseignements appartenant à la vérité conventionnelle, ou « expédiente » (saṃvṛti-satya) et les enseignements appartenant à la vérité ultime (paramārtha-satya). Il insista sur le fait que la vérité ultime était la seule qui exprimait véritablement la pensée du Bouddha et que tous les autres aspects de son enseignement n’étaient que des moyens habiles permettant d’amener le disciple à la compréhension de la vérité ultime, de même que l’on donne d’abord de la nourriture liquide à un nourrisson avant de l’alimenter avec de la nourriture solide.

C’est pourquoi, expliquait Dzongsar Khyentsé Rinpoché, lorsque le Bouddha enseignait la générosité, la discipline, la patience, la diligence, la méditation analytique, etc., ce n’était pas vraiment ce qu’il pensait ou ce qu’il voulait dire. Il est donc inutile de préciser que tous les aspects culturels et religieux du bouddhisme – rituels, prières, croyances, cérémonies, musiques et danses sacrées, monastères, etc. – relèvent de la vérité conventionnelle. C’est d’ailleurs pourquoi le XIVe Dalaï-Lama ne cesse d’encourager ceux qui viennent l’écouter à étudier les textes fondamentaux au lieu de s’attacher à de simples aspects culturels du bouddhisme. L’étude de ces textes, pour ceux qui prennent la peine de s’y livrer, permet aisément de dissiper les clichés qui courent encore sur le bouddhisme — nihilisme, individualisme, désintérêt des êtres, etc.

Sur un plan pratique, pour l’individu qui emprunte le chemin de l’Éveil, toutes les activités vertueuses accomplies avec le corps et la parole sont indispensables, mais elles n’ont d’autre but que faire passer l’esprit de l’égarement à la connaissance. Appréhendant la nature ultime de toute chose, cette connaissance libère des causes de la souffrance. Le bouddhisme offre donc un chemin vers l’Éveil, accompagné du désir de libérer tous les êtres de la souffrance, qui mène à la connaissance transcendante, exprimée ainsi par le Bouddha lorsqu’il atteint l’Éveil : « J’ai trouvé un dharma pareil à l’ambroisie, paisible, profond, lumineux, libre de concepts et incomposé. » De ce point de vue, le bouddhisme ne répond guère aux critères habituels qui définissent une religion.

Il y a d’innombrables textes et traités philosophiques qui expliquent en détail les quelques points mentionnés ci-dessus. En français, on pourra par exemple consulter Comprendre la vacuité*, qui présente deux commentaires du 9e chapitre de la Marche vers l’Éveil de Shantideva, entièrement consacré à la connaissance transcendante.

 

Ce qu'est vraiment le bouddhisme - Matthieu Ricard

4) Le seul et unique remède à cette ignorance fondamentale est la compréhension de la " vérité absolue " ou " ultime " qui désigne le fait que les phénomènes apparaissent tout en étant vides d'existence propre. Ce faisant, le bouddhisme évite les deux extrêmes erronés du nihilisme et du matérialisme (ou réalisme naïf).

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23 avril 2017

Indo-Tibetan Buddhist Cultural Institute - Kalimpong

The Indo-Tibetan Buddhist Cultural Institute (ITBCI) School was established in 1954 by the Late Dhardo Rimpoche to provide a basic education for the children of some of the poorest Tibetan families. It was the first school of it's kind to be set up in India making it the oldest Tibetan refugee school in existence.

http://www.itbci.org

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